Ma vérité sur le transfert des carpes, par Dominique AUDIGUE

Dominique,
Les pêcheurs savent que tu n’as pas accepté les compromis, que la main qui conduit ta plume n’a jamais été guidée, si ce n’est par ta liberté morale, quasi insurrectionnelle, ce qui ne cadre pas avec la « presse » halieutico-publicitaire telle qu’elle est aujourd’hui. On le voit bien, la plupart des médias, que ce soit papier ou sites web, sont gangrenés par des intérêts personnels, financiers, les petits avantages. Rien n’est dit, rien n’est jamais dénoncé. Le trafic est partout, mais les instances font la sourde oreille en France depuis des années alors qu’en quelques semaines la CATAC croule sous les dossiers… On ne sait plus à quel saint se vouer pour obtenir un semblant de sincérité, j’allais dire, et le mot prend tout sons sens, d’honnêteté, voilà, d’honnêteté… Alors comme une évidence on a pensé à toi. Et avec notre amitié, sachant que tu ne mentiras pas, nous sommes allés te chercher dans ta cambrousse poitevine pour que tu nous donnes, le plus simplement du monde, ta vérité.

Ma vérité sur le transfert des carpes

S’agissant du transfert des carpes des eaux libres, lacs et rivières qui irriguent notre beau pays, vers des plans d’eau clos, je dirais d’emblée que c’est de l’ordre de l’escroquerie intellectuelle, en plus d’être d’une stupidité sans nom. En effet, comment peut-on imaginer qu’un poisson qui est né, il y a déjà de nombreuses années, dans un type d’eau qui a sa chimie propre et mystérieuse, puisse s’adapter ou à la rigueur survivre dans des eaux physico-chimiques totalement différentes ? Certains osent même les introduire dans des cloaques vaseux de quelques ares ! Une carpe trophée de plus de 10 kg transférée est condamnée à mort à relativement brève échéance. Plus elle sera grosse et plus vite elle mourra. Et c’est inéluctable ! Seuls les très petits poissons de quelques étés, de rivières ou de lacs, pourraient s’acclimater à des eaux closes à fonds généralement ou majoritairement vaseux. Et nous savons bien que ce ne sont pas ces poissons-là qui « voyagent ». Car comme toujours, dans cette affaire comme dans toutes celles du genre humain, c’est l’argent qui est le nerf de la guerre.

Pour quelques centaines d’euros, des « carpistes-collabos » se déshonorent dans ces déportations dont la finalité sera encore l’argent. Peu leur importe que « leurs » carpes y laissent la vie. Ils feindront d’ailleurs toujours de l’ignorer ! Ces poissons introduits à la sauvette font quand même l’objet d’un bouche à oreilles pour vanter que tel ou tel plan d’eau abrite tel ou tel spécimen ou pire nombre de spécimens. Tant qu’à faire mal autant le faire à grande échelle ! Il y a ce qui est fait et ce qui est dit : des carpes du domaine public arrivent, souvent préalablement « blanchies » chez un pisciculteur-véreux, et sont ajoutées à un cheptel déjà en surnombre. Ajoutées plutôt au véritable bouillon de culture que sont ces étangs de concentration.

C’est très vendeur de séjours de pêche que d’annoncer sur les dépliants ad hoc que dans des lieux de Pêche-Prison, que x spécimens et x tonnes de carpes « nagent », avant de surnager dans le plan d’eau! Quand ces poissons kidnappés en toute illégalité (c’est bon à rappeler peut-être?) survivent (il doit bien y avoir de la « casse ») au voyage qu’on leur impose, combien leur restent-ils de jours, de semaines ou au « pire » de mois à vivre ? Non pas au mieux, je dis au pire, la mort étant bien préférable à ce qui les attend ! Ces poissons-là, qui, il y a plusieurs dizaines d’années se sont extirpés d’un œuf dans une eau courante ou celle très riche en oxygène d’un lac, sortent de leur vraie vie pour entrer en survie, puis en agonie. Car c’est bien d’agonie qu’il s’agit pour ces déportés à écailles. Et tout ça pour que les tenanciers sans scrupules de ces pêcheries puissent vendre des « records personnels » frelatés et du mauvais rêve… à prix d’or! Ces Carpes, véritables joyaux de la nature où Elles étaient à l’origine, deviennent pour quelques temps des mortes-vivantes aux prises à tous les parasites, puis juste des fantômes car, une fois trépassées, elles seront évacuées discrètement et n’auront alors d’autre « existence » que fantomatique…et publicitaire. C’est aussi cela qui est vendu dans la plupart des eaux à finalité de pêche spécifique de la carpe. C’est surtout cela, du faux de l’archi-faux ! De l’escroquerie pure et simple et à tout point de vue.

« Les carpes-record se prennent uniquement là où elles ont passé toute leur vie… »

Je ne comprends pas pourquoi tant de gens, soi-disant carpistes, peuvent sortir de leurs poches autant d’argent pour se « mesurer » à des poissons qui ne savent plus nager, et encore moins pour ceux qui ne nageront jamais plus. Et pour cause ! Je n’ai qu’une possible hypothèse : ne s’agit-il pas juste d’une forme d’exhibitionnisme ? Notre pêche s’est-elle beaucoup démocratisée ces 25 dernières années ? Pas sûr que ce soit le mot qui convienne. Elle est devenue vulgaire, notre pêche ! Si je devais reconnaître un grand « mérite » aux pêcheries, ce serait qu’elles font le tri : elles drainent vers elles, les moins nobles et les moins exigeants des carpistes. Ce qui faisait dire, déjà en son temps, au docteur Sexe dans son célèbre livre La Carpe de Rivière: « que le nombre des « Purs », des « Vrais », des « Seuls » sera toujours très limité… ». J’aimerais croire que ce nombre, victime de pulsions assez primaires, augmentera, se rendant compte enfin qu’à vaincre (un poisson) sans péril, on triomphe pour une bien vaine gloire.

La pêche de la carpe, c’est pour moi, l’école de l’exigence et qu’il vaut mille fois mieux prendre moins et moins gros, voire ne rien prendre du tout de temps en temps, que de s’abandonner à la facilité, à la compromission de records de pacotille qui n’abusent plus personne sauf leur auteur peut-être…Les carpes-record, les vraies, les authentiques, se prennent uniquement où elles ont passé toute leur vie. Et des vrais records, toutes les eaux libres de France en recèlent par milliers qui ne verront jamais un hameçon et qui pourraient être, chacune d’elles, le record d’un seul pêcheur, pas celui d’une légion de « carpistes » peu regardants. Pêcher la carpe, c’est respecter les carpes et c’est aussi se respecter soi-même. Mais on fait comme on peut… Nous n’avons pas tous, force est de le constater, les mêmes valeurs…

                                                                                                              Dominique AUDIGUE

Tous les communiqués de la CATAC, c’est ICI

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10 commentaires sur “Ma vérité sur le transfert des carpes, par Dominique AUDIGUE

  1. Qu’est ce que j’adore lire les écrits de Dominique!! Tout est dit!! Et rien redire!! Le monde de la gloriole… Les pseudos records entachés par une réalité absurde…

    • Merci mon ami, ça fait chaud au coeur. J’aime les mots…piquants. Et puis plus que tout la VERITE. Mais c’est un grave défaut dans le monde actuel. « Cet homme a dit, la vérité, il doit être exécuté » Guy Béart.
      Il y a eu le feu aujourd’hui près de mon domicile…

  2. Entièrement d’accord avec vous. Rien de tel qu’une carpe sauvage petite ou grosse , vigoureuse sans lésions (propre) et la joie de le voir repartir dans son milieu naturel.

  3. Merci Dominique, ça fait plaisir de voir qu’il existe encore des « stars » ou grands noms de la pêche qui n’ont pas leur langue dans leur poche ou à se taire en faisant le toutou pour des grandes firmes en échangent de quelques billes ou matériels. Un vrai passionné amoureux de la nature et respectueux du poisson et surtout accroc au domaine publique, véritable richesse de notre patrimoine national!
    Moi ma première +20kg je l’ai prise dans un lac public très difficile à pêcher, presque les larmes aux yeux, après de multiples capots en espérant toujours la toucher. Le fruit de la récompense d’un travail et d’une patience acharné, ce qui rend toutes ces lettres de noblesse à l’espace public et qui fait son charme.
    Au plaisir de te rencontré un jour au bord de l’eau Dominique, toi, un vrai carpiste passionné…

    • Merci Tony. Pour avoir une morale c’est très important. Et comme dit le philosophe Michel Onfray, Il ne faut pas être exigeant sur ce point qu’aux heures de bureau. Avoir une morale c’est 24h/24. Quand on rêve Elle doit être là, toujours, exigeante, intacte… Je n’ai pas de mérite, je me répète, pour dire ou écrire ce que je dis ou écris, j’ai bien étudié la question: 50 ans de pêche cette année, ça donne voix au chapitre, non? Et quelques compétences aussi, je pense. Dans « Ma vérité… » je dis le vrai. les carpes transférées meurent très vite ou au mieux souffrent quelques mois. Ce ne sont pas des Nash ou des Gonzalez qui sont affectés par ce « point de détail ». La carpe, chacun à leur manière, c’est juste un moyen de faire du fric, vite et le plus possible.
      Une écaille arrachée dans l’épuisette ou pendant le combat et moi, je suis mal, culpabilisé et généralement pas aimable! Je me sens presque coupable d’avoir perturbé le cours de la vie d’une paisible carpe!
      Passionné oui, toujours et avec des idées d’astuces ou d’inventions pour prendre mieux…et peut-être plus! Je vous prie de m’en excuser…
      Ce sera un plaisir de vous rencontrer. Signalez-vous, n’hésitez pas.

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